Alpes Italiennes

Alpes Italiennes

La balade d’aujourd’hui nous emmène, au départ de Sestriere, petite station de ski située à quelques encablures de Briançon, pour une journée qui va nous en mettre plein les yeux, avec une arrivée à près de 3.000m.

Sestriere est un très bon point de départ. On y trouve une épicerie italienne dont l’auteur de ses lignes aurait bien dévoré l’ensemble des fromages, une station essence dans laquelle il ne faut surtout pas payer en carte bancaire, et une ambiance très cool pendant la saisie estivale, loin du stress de la saison de ski.

Mais Sestriere, c’est aussi le point de départ d’une piste magnifique, la Strada Dell’Assietta, dont la règlementation est digne d’un « compromis à la Belge ». En effet, afin de satisfaire autant les conducteurs que les randonneurs pédestres, les autorités locales ont eu la bonne idée de réglementer les passages sur cette piste, en interdisant la circulation automobile les mercredis et les samedis. Ainsi tout le monde est content, les randonneurs à pied, à vélo ou à cheval disposent du calme qu’ils recherchent, et les possesseurs de 4×4 peuvent circuler en tant quiétude, et en toute légalité. La montagne est à tout le monde, alors … partageons là ! Voilà le slogan qui pourrait décrire cette intelligente initiative.

En quittant Sestriere, nous attaquons directement par la Strada Dell’Assietta. Après une douce montée dans les arbres, on arrive rapidement au-delà de 2.000m d’altitude. La forêt est remplacée par les alpages, nous voici alors sur le plateau de l’Assietta, peuplé de marmottes, à peine effrayées par notre passage.

Comme très souvent dans les Alpes, quelles soient françaises ou italiennes, les belles pistes d’altitude sont d’origine militaire. La Strada dell’Assietta ne déroge pas à la règle, elle fut réalisée tout au long des 18è et 19è siècles. Le Col de l’Assietta fut d’ailleurs le théâtre d’affrontements sanglants en 1747, Louis XV voulant se mesurer avec les forces du Piémont. Et la mesure fut terrible, avec 5000 hommes perdus côté français, contre 70 côté italien.

Après 5 km de belle piste, nous arrivons au premier d’une longue série de cols d’altitude, le Colle Basset, à 2.424 m d’altitude. C’est aussi le haut du domaine skiable de Sestriere, avec une vue imprenable sur la station et sa vallée.

La piste continue vers le nord-est, direction le col dell’Assietta. Nous passerons successivement les cols du Bourget (2.299m), le Costa Piana (2.313m), le Blegier (2.381m), pour arriver enfin au col de l’Assietta, à 2.472 m d’altitude, après 18 km de piste d’altitude.

Nous rencontrons finalement peu de 4×4, et encore moins de randonneurs. Par contre il convient de bien respecter la piste et ses alentours. Pas question de faire du hors piste ici, nous sommes en plein parc naturel protégé, et les autorités veillent. Nous avons d’ailleurs par deux fois croisé l’un de leur équipage, bien caché et équipé de jumelles pour surveiller de loin les éventuels contrevenants. Alors autant respecter cette belle montagne, et profiter des paysages magnifiques.

Tout au long des 18km qui séparent le Colle Basset du Colle Dell’Assietta, c’est une succession de vallons d’altitude totalement vides de présence humaine. On se sent un peu hors du temps ici. Il subsiste cependant de beaux ouvrages militaires, bien cachés comme à leur habitude. Impossible de les rejoindre en 4×4, et c’est tant mieux, c’est donc à pied qu’il faut parcourir les quelques centaines de mètres pour les visiter. Tous ces ouvrages sont de la période fin XIXè, très proche de conception de leur équivalent français (le réseau Séré De Rivière). En pleine zone frontalière, nous croiserons toute la journée de nombreux ouvrages italiens.

Au Colle Dell’Assietta, photo obligatoire devant le panneau annonçant cette étape. Il est recouvert d’autocollants d’origines multiples, ce lieu est un spot également pour les motards et les cyclistes.

Nous pouvons alors attaquer la deuxième partie de cette belle piste, direction le Colle Delle Finestre, à 2.178m. Cette descente en pente douce de 11km est à prendre avec précaution. Je l’ai déjà parcouru en plein brouillard, sans aucune visibilité, avec un franc ravin et une piste à peine plus large que la voiture. Nous reprenons alors le goudron pour 2km, jusqu’au col du Finestre, difficile étape du Tour d’Italie en 2005 et 2011.

Pour notre bonheur, la partie nord du col n’est pas goudronnée. C’est parti pour une très, très longue descente jusqu’à Susa, 21km de descente. Le début est magnifique, par contre aux 2/3, il faut enchainer pas moins de … 30 épingles ! Et certaines ne sont espacées que de 25 m. Attention à l’échauffement des freins et du conducteur.

L’arrivée à Susa permet de retrouver le goudron et la civilisation. Nous prenons la route SS24 vers l’ouest, direction Oulx, pour 16 km. Nous longerons le magnifique, l’exceptionnel, l’unique Forte Di Exilles. Il y a peu de mots pour le décrire. Si vous faites cette balade sur deux jours, sa visite est fortement recommandée.

Quelques km après, nous attaquons la 2ème partie de cette belle journée, à savoir 22km de montée non-stop jusqu’au Jafferau. Si vous avez le vertige, oubliez simplement l’idée de monter et prenez un café dans la ville olympique de Bardonnecchia. En effet, la montée au Jaffereau, c’’est entre autre une petite portion de piste sur environ 1km, avec un ravin parfaitement vertical, de plus de 1.000m de haut ! Evidemment ni glissière ni barrière pour se rassurer …

La première partie se fait 10 km, et nous arrivons à un premier promontoire, avec une vue sur toute la vallée. Au loin, cap sud est, vous pouvez apercevoir le fort du Chaberton, ouvrage unique au monde de part sa conception, sur le toit d’une montagne, à 3.138m. S’il est l’heure du pique-nique, il faut quitter la piste et monter sur quelques centaines de mètres au Fort Pramand. La montée est clairement technique. Le fort permet de trouver un bel espace d’ombre pour la pause déjeuner, et si on monte sur sa structure, on dispose d’une vue imprenable à 270 degrés.

Le café passé, il est tant de rejoindre la piste du Jafferau, et d’attaquer le fameux ravin. Au bout du ravin, vous rencontrerez un tunnel digne du Parpaillon. A peu près aussi long (800m), ce tunnel est plus récent, il a été réalisé entre 1925 et 1929. Son nom officiel est le Tunnel Saraceni, mais il est souvent appelé galeria del Seguret. Tout en arc de cercle, il est en meilleur état que le Parpaillon, quoique … En juillet 2013, il était fermé pour cause d’effondrement. Nous l’avons quand même traversé, sans trop de mal, mais il a fallu négocier avec les carabiniers qui nous attendaient avec le sourire à la sortie

A ce jour (juillet 2016), le tunnel est toujours fermé mais le budget de rénovation aurait été débloqué, le tunnel devrait rouvrir. A noter qu’il est possible de monter au Jafferau par une piste moins connue, dans les arbres, au départ de Savoulx

Quelques kilomètres plus loin, nous attaquons la dernière partie de la montée, d’abord jusqu’au col du mont Vin Vert, avec une vue exceptionnelle de part et d’autre de la montagne, sur l’ensemble des vallées. Nous sommes déjà à 2.600m, et même en juillet la neige peut être fortement présente.

Il reste alors à rouler sur cette belle piste plate jusqu’au pied du Jafferau. On aperçoit de loin cet ouvrage typiquement italien, dont nous voyons le côté italien. La partie faisant face à la France est évidemment quasiment invisible. Quelques lacets confortables et nous voici au fort, tout en haut du domaine skiable de Bardonneccia. L’ouvrage offre une vue à 360 degrés. Au sud est, le Parc National du Salbertrand, où nous étions le matin, au sud ouest le mont Chaberton cache Briançon, à l’ouest le col de l’Echelle et juste derrière le plateau du Granon et ses ouvrages français, et au nord ouest le Mont Thabor, à la même hauteur que notre position

Après cette journée magique, il nous reste à trouver un bivouac. L’emplacement idéal est le fort Foens, à 30 minutes de piste en redescendant. Bien abrité, vue imprenable et chant des loups pour bien dormir ! L’Italie nous aura offert une belle journée de pistes, toujours bien entretenues, et qu’il faut préserver pour les années à venir. Pour les courageux et par une belle nuit d’été, l’endroit est idéal pour assister à un impressionnant coucher de soleil, et dominer alors toute cette partie des Alpes éclairée par la seule lune.

Renseignements :

Le col de l’assietta : http://www.stradadellassietta.it/francese/ (version française)

Equipement :

La piste du col de l’Assietta est faisable en SUV, sauf par après de grosses pluies. Par contre pour la montée au Jafferau un vrai 4×4 et au minimum des pneus mixtes sont conseillés. Le pique-nique au Pramand est impossible en SUV. Pour la traversé du tunnel du Seguret, il est impossible de s’y croiser donc il ne vaut pas trop y aller en convoi.

Bivouac :
A quelques kilomètres de Sestriere, je vous conseille Val Argentera, une vallée quasi abandonnée mais entretenu par les éleveurs locaux. Une belle piste la serpente, et nos amis italiens y ont aménagé des espaces dédiés au bivouac, en toute légalité. L’invitation ne se refuse pas !

Tout le long de la piste du Jafferau, il est possible de bivouaquer confortablement au Pramand, près des baraquements qui se situent à la sortie du tunnel, près des baraquements au pied du Jafferau (mais la température la nuit peut descendre à zéro, même en juillet), ou encore au Foens.

Autres pistes dans les environs :
– La montée au glacier du col du Sommelier, superbe mais attention c’est un cul de sac
– Les alentours du Mont Cenis

A visiter dans les environs :
– environ une cinquantaines de forts français et italiens datant des deux derniers siècles. Ne pas hésiter à m’écrire si vous voulez des infos.

 

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