Alaska – Dalton Highway

Alaska – Dalton Highway

Sur la piste du pétrole froid

 

Décembre 2012, je rentre tard du travail, comme trop souvent. J’allume la télé et tombe sur l’émission « Les routiers de l’extrême », ces camionneurs qui roulent sur la Route Dalton, cette fameuse piste glacée qui traverse l’Alaska jusqu’à l’océan arctique. Ce fut un coup de cœur immédiat ! Un regard à ma tendre épouse, qui comprend immédiatement mon idée. 8 mois plus tard, en août 2013, nous attaquions les 800 km de cette piste mythique, hostile et unique.

La James W. Dalton Highway, c’est un trait tout droit, plein nord, de Fairbanks à Prudhoe Bay, une gigantesque zone pétrolière détenue par BP. Cette piste a été créée en 1974 à travers les montagnes, la toundra et le permafrost, comme route d’approvisionnement de l’oléoduc trans-Alaska, qui s’étend de l’océan arctique, au nord, jusqu’au port tristement célèbre de Valdez, au sud.

Cette piste est empruntée par 160 camions par jour en été, et 250 en hiver, quand la recherche pétrolière bat son plein, puisque l’exploration marine peut se faire en se reposant sur l’océan alors gelé. En hiver la piste est gelée, les jours sont très courts, et les touristes ne sont pas forcément les bienvenus. En été, la piste s’ouvre à tous, pour peu d’avoir le véhicule adapté et de ne pas s’aventurer sans préparation.

Toutes les compagnies habituelles de locations de voitures interdisent à leurs clients d’emprunter la route Dalton, sauf deux agences, qui y sont spécialisées. Nous avons choisi Artic Outfitters, qui propose des Ford Escape préparés, avec protections contre les graviers, pneus A/T, Ci-Bi (indispensable), deux roues de secours, tous les outils pour réparer en cas de pépin, et surtout des fusées de détresse !

En effet la Dalton Highway, c’est 800 km de paysage montagneux, mais c’est surtout une absence totale de villes et donc de vie tout au long du parcours. Il y a uniquement Coldfoot, notre oasis de sécurité au milieu de cette immensité, qui sert de station essence / restaurant / hôtel / bureau de poste / poste de secours, le tout tenu par une poignée d’Alaskien. Il est donc indispensable, dès le départ, de partir avec le plein, et surtout de bien surveiller sa consommation. 400 km ça paraît normal avec une voiture de tourisme, par contre en 4×4 avec des pneus A/T et en roulant à 100 km/h, c’est tout juste limite. En l’occurrence notre Ford avait une autonomie de 450 km.

 

1er jour : départ de Fairbanks.

Nous récupérons notre Ford Escape à l’agence de location. On nous explique les dangers de cette piste, notamment la présence de ces camions à trois remorques qui roulent à tombeau ouvert sur cette piste de terre et de gravier. On nous prévient également qu’en cas de pique-nique, la rencontre avec un ours est tout à fait probable. Bombe à poivre très conseillée. Enfin, conseil pour les lecteurs qui seraient tentés par l’aventure, nous vous déconseillons de vous rendre à cet endroit de l’Alaska entre le 1er juillet et le 15 août, car les moustiques y font régner leur loi, et pourraient vraiment gâcher vos vacances.

La route commence par 50 km de goudron confortable. Les choses sérieuses commencent quand le goudron est remplacé par la « gravel road », mélange de terre et de gravier. Les camions lèvent alors un nuage de poussière rendant les dépassements très compliqués. Heureusement, la plupart de ces convois exceptionnels sont escortés par deux Pick-up, l’un à l’avant, l’autre à l’arrière. Il vous suffit de profiter de la Ci-Bi pour annoncer votre volonté de doubler, et le pickup de front vous prévient dès que la piste est libre. Il faut alors lâcher les chevaux et doubler à plus de 120 km/h le convoi. La piste est large mais ça chasse, la concentration est de mise.

Après 180km, première pause le long de la Yukon River, après avoir traversé son immense pont en bois, dont les ingénieurs, surement dans l’urgence de l’époque, l’ont construit en pente. En traversant ce pont long d’un kilomètre, je pense à ces routiers qui l’empruntent l’hiver, totalement gelé. Pas vraiment rassurant.

A partir de la rivière Yukon, c’est 220 km jusqu’à Cold Foot à travers des paysages de forêts et de montagne à perte de vue, direction plein nord. En ce beau mois d’août, la température avoisine les 18 degrés, et les couleurs sont magnifiques. Par contre ce qui peut surprendre un européen habitué aux petits chemins de traverse, c’est justement l’absence totale de ces pistes ou autres anciens chemins. A l’instar de la plupart des autres régions d’Alaska, il n’y a ici quasiment aucun habitant, à part quelques chasseurs d’or ou de fourrures. Il n’y a donc aucune autre piste que la Dalton. A noter qu’en Alaska on se déplace plus facilement l’hiver, qui voit fleurir de nombreuses pistes pour moto-neige, l’engin par excellence pour se déplacer dans ces lieux inhospitaliers.

Quelques kilomètres après le Yukon, nous arrivons au Cercle Artique, trait invisible qui vous annonce que vous passer sérieusement la frontière des contrées rudes et sauvages. Un parking et un panneau explicatif vous offre une halte et l’habituelle photo souvenir. C’est d’ailleurs l’endroit où la plupart des touristes font demi-tour, pour revenir vers Fairbanks et son confort.

Evidemment nous continuons l’aventure, toujours cap vers le grand nord. En fin d’après-midi, nous arrivons enfin à Coldfoot, une institution sur cette route pour les routiers. Et des routiers, on en croise à Coldfoot ! L’entrée dans la cafétéria fut pour nous un moment assez particulier, se retrouvant avec nos physiques d’européens au milieu d’une trentaine de barbus, tous haut d’1m90, ne pesant jamais moins de 100 kg et nous dévisageant comme si nous étions des bêtes curieuses. Drôle d’impression dans un pays « civilisé ». Quoiqu’il en soit, comme à peu près partout sur le continent nord-américain, aucun sentiment d’insécurité, bien au contraire.

Coldfoot nous offre son hospitalité confortable, avec son hôtel hors de prix (199 dollars) et constitué de cabanes de chantiers faisant offices de chambres. Quoiqu’il en soit le repas est délicieux, et chose étonnante, il n’est pas calorique. En Alaska on préfère le poisson et les légumes aux steaks et aux frites. Et ici on ne déroge pas à la règle. Nous profitons de la longue soirée, le soleil se couchant après minuit, et nous admirons le balai des immenses camions et pickup.

 

2ème jour : de Coldfoot à Prudhoe Bay

Le deuxième jour commence par la visite du hameau de Wiseman, un village perdu au milieu de nulle part, ne comptant que quelques maisons, et surtout un téléphone public gratuit ! Et évidemment, comme à peu près partout en Alaska, ce hameau dispose de sa piste d’aérodrome parfaitement entretenue.

Nous continuons vers le nord, le paysage se transforme doucement en toundra, mais révèle des trésors de faune, avec ses troupeaux de caribous, ses constructions de castor et ses traces d’ours. Nous ne rencontrerons malheureusement pas cet animal dans cette partie de l’Alaska. Le trafic intense sur la Dalton le faisant fuir.

Nous constatons que la piste est en plein travaux, dans le but d’être progressivement goudronnée. D’ici quelques années, cette piste ne sera plus qu’un souvenir, et le nombre de visiteurs grandira par la même occasion. Sur les portions en travaux, nous sommes stoppés par un employé qui passe sa journée seul au milieu de cette nature infinie. Il faut alors attendre un Safety Car, qui vient vous chercher et vous escorte le long des travaux. Le principe de précaution est ici à son maximum.

La frontière entre la toundra et le permafrost, cette terre constamment glacée, se vit en passant la fameuse Atigun Pass, un col à 1400m qui a été construit à l’américaine, c’est-à-dire : Tout droit, à fond ! Il faut donc attaquer une piste à 12 % qui s’étend sur 2 kilomètres environ, et évidemment en virage, sans visibilité et avec un ravin impressionnant. Autant dire qu’on ne souhaite pas croiser de semi-remorque. En arrivant au Col de l’Atigun, le spectacle vers l’océan arctique est saisissant. La nature est totalement différente, plus aucune flore, surement peu de faune, juste des rivières bleu noir et ce permafrost à l’infini. La descente est tout aussi magique que la montée, on se sent vraiment seul au monde dans un tel paysage.

La piste se finit par 150 km jusqu’au champ de pétrole de Prudhoe Bay, qui crée un contraste total par rapport aux 800 km de nature que nous venons de traverser. Ici tout n’est que pétrole, usines, tuyaux, dans une démesure toute américaine. Autant dire que le choc est réel, et qu’il faut accepter cette exploitation maximale de la nature. On est vite perturbé en arrivant. L’hotel est encore plus froid et insipide qu’à Coldfoot, nous tentons alors de « visiter » Prudhoe Bay. Mais c’est en fait à perte de vue des constructions temporaires, posées à même le sol gelé, mais parfois sur plusieurs étages. Il y a même un véritable aéroport avec piste en tarmac, et accueillant plusieurs fois par jour des Boeing. La puissance du pétrole prend ici toute son emphase.

 

3ème et 4ème jour : retour à ColdFoot puis à Fairbanks

Après une visite en bus des installations pétrolière, nous reprenons la piste, heureux de revoir la nature et de quitter cette drôle de ville pétrolière. Par bonheur nous croiserons de nombreux gibiers après avoir repassé l’Atigun Pass, et profitons des couleurs de la saison. Nous aurons même droit à un peu de neige, en plein mois d’août ! L’hiver n’est déjà plus très loin.

Tout au long de notre route, nous aurons été guidés par le pipeline géant qui relie les champs de pétrole de l’océan arctique aux grands ports du sud de l’Alaska. La Dalton longe et croise constamment ce serpent métallique, donnant une impression de vivant dans cet environnement uniquement nature.

Nous croisons de rares touristes, et encore de plus rares européens. Nous avons croisé quelques couples allemands, mais la plupart des visiteurs sont américains ou en provenance du Canada tout proche.

Nous profiterons à nouveau de l’ambiance de Coldfoot, et visitons les quelques restes de cet ancien camp de la ruée vers l’or. Nous finirons notre périple le 4ème jour, triste de quitter cet endroit unique, aussi beau que froid.

 

L’équipement :

La Dalton Highway ne présente aucune difficulté technique. Par contre c’est 90% de gravier et de terre, donc les pneus mixtes sont un minimum. Il faut impérativement une protection anti-gravier à l’avant de la voiture et des bavettes sur les roues, pour éviter de voir sa carrosserie endommagée. Notre véhicule de location, comme la plupart des voitures circulant sur la Dalton, avait son pare-brise fendu à plusieurs endroits.

La Ci-Bi est indispensable pour échanger avec les routiers, et c’est un réel élément de sécurité. A noter qu’il n’y a aucune couverture Gsm le long de la Dalton. Enfin il faut partir avec deux roues de secours, il n’y a aucun service de dépannage tout au long des 800 km de route.

 

Les ours :

Toute l’Alaska est habituée par des ours, bruns et noirs dans le centre, blancs sur les côtes. Si ces derniers sont des carnivores, les ours bruns sont surtout herbivores. Pas de risque réel en cas de rencontre inopinée, cependant la bombe à poivre, ni nocive ni polluante, est une très bonne solution pour faire fuir le plantigrade.

 

Se rendre en Alaska :

Vols quotidiens depuis l’Europe pour Anchorage, la capitale économique de l’Etat d’Alaska.

Vols quotidiens depuis Francfort pour Fairbanks, « the Last Frontier ». Vol low-cost avec Condor Airlines.

 

Les meilleures saisons :

  • le mois de juin : les températures sont douces, la lumière est à son maximum, et les moustiques ne sont pas encore sortis
  • après mi-août, pour éviter les moustiques, et pour profiter des couleurs de l’été indien et des sensation hivernales
  • le mois de janvier, pour les plus courageux, et pour admirer les aurores boréales

 

Le meilleur moyen de profiter de la Dalton Highway ?

  • Le Truck-Camper est indéniablement le meilleur moyen de parcourir la Dalton. Grâce à la cellule bien équipée, on peut s’arrêter où l’on veut (aucune interdiction, et de nombreux campements gratuits), et en profiter pour pêcher dans les nombreuses rivières, ou faire de la chasse d’images.

 

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